03/05/2017
GFME, thérapies

Accueil
Suite
La chirurgie éveillée des gliomes, la réalité virtuelle


Chirurgie du cerveau

Bloc opératoire

La chirurgie d'éveil
C'est une technique de chirurgie apparue récemment dont on peut prendre connaissance avec 3 vidéos, reprises de l'émission de France 2. Elles ont été tournée à Montpellier chez le Professeur Hugues Duffau, grand spécialiste de cette méthode et chez le Docteur Capelle à La Salpêtrière.

Vidéos extraites de "La vie en tête" émission de France 3 sur la chirurgie du cerveau.


Video 1

La vie en tête 1

Video 2


La vie en tête 2

Video 3

La vie en tête 1

Video 4 (Pr Duffau Hugues Montpellier)
Opérer le cerveau

Le professeur Duffau à Montpellier CHU, en chirurgie éveillée, concentration optimale

La chirurgie éveillée avec casque de réalité virtuelle
 « UNE VACHE, une girafe, une maison, un peigne... » Concentrée, la jeune femme énumère les dessins qui défilent sur l'écran d'un ordinateur portable. Allongée sur le côté, sous le regard de deux orthophonistes, docteurs en neurosciences, les yeux grands ouverts, elle doit aussi sans relâche plier et déplier son bras droit. « C'est bien, il va falloir travailler comme ça sans s'arrêter », l'encourage le chirurgien.
La scène à laquelle j'ai le privilège d'assister ce jeudi dans un bloc opératoire du CHU de Montpellier est saisissante. Ni high-tech ni robots. Mais, de l'autre côté du champ opératoire, le cerveau de cette jeune femme palpite légèrement, à nu dans sa boîte crânienne. Le professeur Hugues Duffau doit en retirer un gliome. Ce type de tumeurs, dont on diagnostique 4 000 cas chaque année en France, a la propriété de s'infiltrer dans le cerveau. Elles progressent inexorablement, deviennent un jour malignes, menaçant le système nerveux (hémiplégie, perte de la parole, de la mémoire, paralysie...) et, à terme, la vie.
Le premier signe, quand elles poussent depuis un certain temps et que le cerveau commence à peiner pour se réorganiser, est souvent une crise d'épilepsie. « On les diagnostique encore trop tard », regrette le" spécialiste en neurosciences, qui milite pour un dépistage systématique et plus précoce.
Sa patiente, trentenaire, est venue de Lisbonne (Por­tugal) pour se confier à ses mains de « cartographe du cerveau ». Chez elle, on la jugeait inopérable, risquant fauteuil roulant et perte de la parole si on lui retirait la tumeur de façon classique, sous anesthésie générale. « Tant que la tumeur n'a pas provoqué de handicap, à condition de savoir où l'on est dans le cerveau pendant l'opération, on peut pourtant l'enlever, au moins en grande partie, sans séquelle ni chimiothérapie, la tenant ainsi à distance », explique le médecin, qui  développe sûrement – quoique trop doucement à son goûtant – cette approche pionnière de la chirurgie des tumeurs cérébrales.

La patiente est arrivée consciente puis a été endormie le temps d'ouvrir son crâne et inciser la méninge qui entoure le cerveau. La seule partie douloureuse, explique Hugues Duffau : « Le cerveau lui-même ne souffre pas. » Opéré ainsi en 2012, menant une vie parfaitement normale depuis,  Guy, 44 ans, confirme la sensation étrange que quelqu’un vous fouille dans la tête, mais sans douleur ».

Dans le bloc de Montpellier, la phase la plus impressionnante de l'opération commence. « Vous pouvez la réveiller », indique Hugues Duffau aux anesthésistes. Du cerveau de sa patiente, il sait tout ce que l'imagerie lui en a montré et qu'il a mémorisé. Mais « chaque cerveau est unique », explique-t-il. Désormais, pendant une heure et demie, il se fie aux infimes impulsions électriques qu'il délivre avec un stylet, à son écoute de la jeune femme qu'il encourage régulièrement, et à l'intermédiaire des orthophonistes qui l'orientent pour délimiter le périmètre d'excision puis guider son bistouri, par petites touches.
« Attention, elle bute », « le bras bloque », « articulation ! »... Sitôt que l'impulsion perturbe l'exercice que la patiente répète sans arrêt, il sait qu'il ne doit pas toucher au faisceau de connexions nerveuses ainsi stimulé. C'est la condition pour qu'elle retrouve une vie normale.
Une grosse partie de la tumeur est ôtée. Tandis que le médecin s'avance plus profondément, la patiente bloque plus souvent. Dix exercices d'affilée puis, d'une voix douce, il explique : « On a enlevé le maximum, on va raisonnablement s'arrêter là ». Vous allez à nouveau dormir deux heures, vous récupérerez complètement. » Dès le lendemain, la jeune femme marchait un peu dans le couloir et pouvait tenir une longue discussion avec sa famille".
Copyright "Le Parisien du 12/01/2016
CLAUDINE PROUST


L’homme qui a révolutionné la neuro-chirurgie

Professeur Duffau
Professeur Hugues Duffau, CHU Gui de Chauliac à Montpellier
GFME a rendu hommage au professeur Duffau dans le n° 30 Octobre-Décembre 2013

Un neuro-chirurgien d'excellence et humble
« Je ne suis qu’un médecin de famille qui opère des cerveaux. » C'est ainsi que le Professeur Hugues Duffau, 49 ans, tient à se définir. Surtout pas un dieu : « Je ne sais pas réparer le cerveau ! » Un as du bistouri ? Non plus : « Je ne fais pas de prouesse, ça ne m'intéresse pas. Ce que vous m'avez vu faire, techniquement, je vous l'apprends en un an... à condition de franchir la barrière conceptuelle dans laquelle la neurochirurgie a vécu enfermée 150 ans. » Rien n'insupporte plus cet homme aux gestes calmes empreints des exercices de méditation auxquels il s'adonne avant chaque intervention que jouer aux célébrités. Même quand il écrit un livre, dont il souhaite qu'il fasse progresser les neurosciences « au bénéfice des patients ».
Il n'accepte de poser pour la photo nulle part ailleurs que dans son bureau, au quatrième étage des bâtiments de Gui-de-Chauliac au CHU de Montpellier (Hérault), dont il dirige le département de neuro¬chirurgie depuis 2006. « C'est là que je reçois mes patients », justifie-t-il.
Dans cette vaste pièce s'affiche l'univers de cet « explorateur » qui tel un Christophe Colomb du cerveau le guide avec une détermination depuis 20 ans. Les livres et revues auxquels il a collaboré ou qu’on lui a offerts, quelques reproductions et objets, cadeaux de confrères ou de patients, comme cette pièce de bois sculptée par un menuisier qu’il a opéré. Et les diplômes et reconnaissances internationales qui tapissent un pan entier de mur.
A 35 ans, sa thèse à peine achevée, il obtenait le Young Neurosurgeons Award de la Société mondiale de neurochirurgie. A 44 ans, en 2010, la médaille Olivecrona, qui chaque année à Stockholm (Suède) distingue un médecin de l'équivalent d'un Nobel. S'il a mis un point d’honneur à, partir de 2000 à aligner reconnaissances académiques et publications, et ainsi cocher toutes les cases administratives et universitaires requises », c’était pour opposer une irréfutable barrière scientifique à ceux qui le voyaient , parmi ses pairs, comme un illuminé parce qu’il dérangeait les codes, établis : « Mon seul protocole est de ne pas en avoir ! ». Ses 700 patients opérés qui vivent sans séquelles, pour la plus ancienne depuis 1997, sont ses meilleurs avocats. S’il n’a pas encore fait école dans tous les blocs opératoires, de jeunes neuro-chirurgiens de quelques 350 centres dans 50 pays ont déjà été formés à son approche « connexionniste » du cerveau.

Un organe vraiment rusé
Pas plus que de bosse des maths il n'existe dans le cerveau une aire délimitée qui pilote à elle seule la parole. Elle figure pourtant au panthéon de l'histoire de la médecine, et « on l'enseigne toujours », peste le Professeur  Hugues Duffau. Baptisée aire de Broca, on doit sa découverte à un anatomiste français du XIXe siècle. Paul Broca l'avait mise en évidence après s'être occupé de patients devenus incapables de parler. Ayant décelé des lésions dans cette région du cerveau, après autopsie, il en déduisait qu'elle était le siège de la parole. « A partir d'observations exactes, il a mal extrapolé, orientant la recherche pendant 150 ans avec cette fausse compréhension localisationniste du cerveau », soupire Hugues Duffau. Lui défend une approche « connexioniste » qu'il explique dans un ouvrage grand public à paraître ce jeudi*. Si l'on peut enlever une tumeur dans le cerveau sans que le patient perde sa capacité à parler ou à marcher — « à condition de savoir où on va » grâce à la participation consciente de l'opéré —, c'est parce que cet organe est un tout : formé d'un réseau de faisceaux et de connexions, dont une grande partie s'organise de façon propre à chaque individu.
« Comme le réseau électrique d'une grande ville ou le métro, résume le médecin. Vous pouvez couper une station, tant que les grands échangeurs des Halles et de Montparnasse fonctionnent, vous trouverez un itinéraire pour rentrer chez vous. » Le cerveau étant « un grand rusé » doué de plasticité tant qu'on ne touche pas aux connexions principales, « il peut se réparer tout seul », réorganisant ses connexions sans séquelles autour du morceau amputé..

* « L'Erreur de Broca », d'Hugues Duffau, Ed. Michel Lafon. 17,95 C.

La chirurgie éveillée avec réalité virtuelle, première mondiale à Angers dans le service du Professeur Philippe MENEI

Page générale